Accès au fourrage : quel nombre de râteliers prévoir pour un troupeau serein ?
- Emilie Schneider
- il y a 4 jours
- 4 min de lecture

Dans tout troupeau de chevaux, l’accès au foin est l’un des points les plus sensibles.
C’est là que se cristallisent la plupart des tensions, des interactions hiérarchiques et des risques d’exclusion pour les chevaux en bas de la pyramide sociale.
Lorsque tous les chevaux ne peuvent pas manger simultanément, certains mangent trop vite, d’autres trop peu, et l’ensemble du troupeau devient plus nerveux et plus mobile autour des zones d’alimentation.
Les fabricants de râteliers proposent des modèles “12 places”, “14 places”, “18 places”… Mais ces chiffres reflètent-ils la capacité réelle d’un râtelier lorsque les chevaux doivent cohabiter autour ?
Les publications récentes en éthologie équine confirment que la réponse est non.
Mais alors, de quel nombre de râteliers a-t-on vraiment besoin pour son troupeau ?
"Un râtelier de 12 places convient à 12 chevaux"
Sur le papier, un râtelier carré de 2,15 m × 2,15 m annoncé comme “12 places” paraît idéal pour un troupeau d'une dizaine de chevaux. Chacun aurait son ouverture, tout le monde pourrait manger ensemble.
Malheureusement, le nombre d’ouvertures du râtelier ne reflète pas le nombre de chevaux qui peuvent manger simultanément.
Trois raisons principales :
Les chevaux maintiennent une distance inter-individuelle minimale.
Même si deux ouvertures sont proches, ils ne mangent pas forcément côte à côte.
Les interactions hiérarchiques s’expriment en priorité autour du fourrage.
Le râtelier est un espace dynamique : les chevaux doivent s’approcher, tourner autour, s’écarter, revenir... Ces mouvements réguliers réduisent encore la “capacité réelle”.
Finalement, le facteur clé n'est pas seulement le nombre d'ouvertures disponibles, mais aussi la dimension et la conformation du râtelier lui-même.
Espace pour chaque cheval : que nous disent-ils les récentes études ?
Râteliers : une ouverture ≠ une place
Sources : Baumgartner et al. (2023) ; Puttkammer et al. (2024)
Deux équipes de recherche ont observé des troupeaux nourris sur des râteliers à multiples ouvertures, et ont obtenu des résultats similaires :
Les chevaux laissent systématiquement un espace vide entre eux lorsqu’ils mangent.
Ils utilisent, en pratique, une ouverture sur trois de manière stable.
Les interactions conflictuelles et le stress diminuent lorsqu'un ratio de 2 ouvertures de râtelier par cheval est maintenu, et encore plus si on propose 3 ouvertures par cheval.
Mangeoires linéaires et façades ouvertes : 1,5 m par cheval
Source : IFCE 2025
La plupart des recommandations disponibles actuellement indiquent de respecter un espace de 60 à 80cm pour chaque cheval, mais ces chiffres pourraient être sous-estimés.
Dans un document publié en avril 2025, l'IFCE synthétise les résultats de nombreuses travaux sur la distribution du fourrage. L'espace recommandé par ces nouvelles études serait de 1,5 m linéaire par cheval (soit également environ 3 ouvertures par cheval pour des ouvertures classiques de 50-70 cm).
Au delà des chiffres : observer son troupeau
Les études donnent des ordres de grandeur, mais la réalité du terrain dépend :
Du niveau de dominance et des affinités,
De la taille du groupe,
Du type de chevaux (entiers, hongres, juments, jeunes),
Du rythme de distribution du foin,
De la géographie du paddock (murs, goulots d’étranglement, relief),
Du type de râtelier et de la facilité pour tourner autour.
Les signaux à observer :
Certains chevaux attendent en retrait ?
Des va-et-vient incessants autour du râtelier ?
Des conflits : morsures, coups de pied, oreilles couchées fréquents ?
Ce sont des indicateurs directs que le nombre de places n’est pas suffisant ou mal réparti.
Exemple concret
Quel nombre de râtelier pour un troupeau mixte de 20 chevaux ?
Prenons l'exemple d'un troupeau que je connais bien : celui de Simiane.
Simiane vit dans un troupeau mixte d'environ 20 chevaux, avec une grande surface de prés en herbe et plusieurs aires d'alimentation équipées de râteliers à foin :
Un râtelier carré de 3 par 3 ouvertures.
Un râtelier rectangulaire de 3 par 5 ouvertures.
Un râtelier rectangulaire de 3 par 7 ouvertures, placé dans un abri, contre un mur (donc 3 ouvertures sont condamnées).
Est-ce que le nombre de places suffit, théoriquement, à nourrir les 20 chevaux du groupe simultanément ?
12 ouvertures + 16 ouvertures + 17 ouvertures = 45 ouvertures
45 ouvertures / 3 = 15 places
Théoriquement, cette conformation ne permet pas d'avoir un troupeau serein où chaque cheval mange simultanément.
Qu'est-ce qu'on observe au quotidien ?

Au quotidien, la théorie se vérifie plutôt bien :
Le plus petit râtelier accueille habituellement 3 à 5 chevaux.
Le plus grand en nourrit rarement plus de 6 à 7 en même temps. La présence d'un mur limite les déplacements et les coins sont évitées par les chevaux les moins dominants.
Alors, est-ce problématique ? Dans ce troupeau précis : pas nécessairement.
Pourquoi ce groupe reste serein malgré un manque de places ?
Plusieurs facteurs jouent en sa faveur :
Le groupe est stable, avec peu de changements de membres.
Les chevaux se connaissent très bien.
Le terrain offre beaucoup d’espace.
Ils ont accès à l’herbe toute l’année.
Un second abri distribue régulièrement du foin au sol.
Trois chevaux sont rentrés la nuit en box-paddock individuels, ce qui soulage la pression sur les râteliers.
Ces éléments limitent les risques d’exclusion et réduisent la compétition autour du foin.
Mais si l’on voulait améliorer encore la sérénité du groupe, notamment en hiver, l’ajout d’un râtelier supplémentaire serait bénéfique.
Conclusion : la capacité d’un râtelier ne se lit pas sur sa fiche technique
Les données scientifiques les plus récentes sont claires et cohérente :
1 ouverture ≠ 1 place.
Pour un accès vraiment équitable, viser environ 3 ouvertures par cheval ou un espace linéaire de 1,5 m par cheval.
Et surtout : observer son troupeau.
Une configuration parfaite sur le papier peut être mauvaise dans la réalité… et l’inverse est parfois vrai.
Un troupeau apaisé autour du foin, c’est :
Moins de stress,
Moins de conflits (donc moins de bobos 🤓),
Une ingestion plus régulière,
Un bien-être collectif nettement meilleur.
Au-delà du matériel, c’est toujours le comportement des chevaux qui donne la réponse la plus juste.

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